J'ai récupéré aujourd'hui l'ouvrage collectif "Ce pont, mon dos. Voix de femmes de couleur étasuniennes radicales", édité par Cherrie Moraga et Gloria Anzaldúa. C'est sa première publication en français en ce début d'année - 45 ans après sa première édition -avec une traduction de Noémie Bannerot-Polverini.
Cela donne un épais livre de presque 500 pages, où l'on croise des textes d'analyse, des partages d'expérience, de la poésie... Je commence tout juste la lecture ce soir, mais je voulais partager un extrait de son puissant poème d'ouverture : "Poème du pont", par Kate Rushin.
"J'en ai assez
Ça m'rend malade de voir et de toucher
Les deux côtés des choses
Malade d'être le maudit pont pour tout le monde
Personne
Ne peut parler à personne
Sans moi
N'est-ce pas ?
[...]
Trouvez-vous une autre connexion au reste du monde
Trouvez-vous quelque chose d'autre qui vous rende légitimes
Trouvez un autre moyen d'être politisé·es et à la mode
Je ne serai pas le pont vers votre féminité
Votre masculinité
Votre humanité
Ça m'rend malade de vous rappeler de ne pas
Vous renfermer trop à l'étroit pour trop longtemps
Ça m'rend malade de négocier avec la pire version de vous-mêmes
Pour le compte de la meilleure
Ça m'rend malade
De devoir vous rappeler
De respirer
Avant d'étouffer
Dans votre idiotie
Laissez tomber
Étirez-vous ou noyez-vous
Évoluez ou mourez
Le pont que je dois être
Est le pont vers mon pouvoir
Je dois traduire
Mes peurs
Arbitrer
Mes faiblesses
Je dois être le pont vers nulle part
Sinon mon vrai moi
Et alors
Je serai utile"



















