Commentaire :
1- Le complexe créé par ces chercheurs est le Carboxy-Méthyl-Cellulose Supramolecular Plastic (CMCSP = plastique supramoléculaire à base de carboxyméthylcellulose) est fabriqué à partir de carboxyméthylcellulose (CMC), un dérivé du bois, combiné avec du polyéthylÚne-imine guanidinium (PEIGu).
2- Le polyéthylÚne-imine guanidinium (PEIGu) ici "combiné à la cellulose" est un dérivé du polyéthylÚne-imine (PEI) combiné à des groupes guanidinium (Gu). Il est utilisé principalement comme agent de liant dans le développement de plastiques supramoléculaires biodégradables.
3- Sa dĂ©gradation dans lâeau (quelques heures) est rapide Ă cause des pontages salins, rĂ©versibles : dans l'eau, les liaisons entre les chaĂźnes de ce polymĂšre se rompent et le matĂ©riau se dĂ©sagrĂšge complĂštement jusqu'au niveau molĂ©culaire. Ceci est du Ă la rupture des ponts salins (liaisons ioniques) entre la carboxymĂ©thylcellulose (CMC, nĂ©gative) et le PEIGu positif en prĂ©sence dâions sodium et magnĂ©sium prĂ©sents dans lâeau de mer.
4- La cellulose est une molécule polymérique (polymÚre de glucose) courante chez les végétaux, aussi ancienne qu'eux donc parfaitement biodégradable.
5- Le PEIGu nâest pas un polyĂ©thylĂšne (PE) malgrĂ© la ressemblance des noms. Il sâagit dâun polymĂšre Ă base dâazote (polyĂ©thylĂšne-imine ou PEI). C'est un polymĂšre synthĂ©tique dĂ©veloppĂ© en laboratoire, nâexistant pas dans lâenvironnement naturel. Aucune Ă©tude nâa encore dĂ©montrĂ© la minĂ©ralisation complĂšte du PEIGu en CO2 et eau.
5a- La biodégradabilité de son squelette, le polyéthylÚne-imine (PEI), est limitée : une étude (ScienceDirect, 2022) montre que des concentrations élevées de PEI (=12 g/kg) inhibent la digestion anaérobie des boues, suggérant une rémanence.
5b- Son groupe guanidinium, bien que synthĂ©tique dans ce polymĂšre-ci, existe dans la nature (ex.: arginine, guanine) et des enzymes microbiennes capables de le dĂ©grader ont Ă©tĂ© identifiĂ©es. Il disparaĂźt en 20 jours en conditions microbiennes (sans source de carbone) ou en 2â3 jours en prĂ©sence de glucose. Sa demi-vie est estimĂ©e Ă 5 jours. (Comme pour le nuclĂ©aire, en compter 10 avant de le considĂ©rer comme disparu, non dĂ©tectable, soit 50 jours.) Sa prĂ©sence est une pollution avĂ©rĂ©e : selon une Ă©tude sur Chlorella vulgaris des dĂ©rivĂ©s du groupe guanidinium tels que le PHMG sont toxiques pour les micros algues (rĂ©duction de la chlorophylle, inhibition de la photosynthĂšse) mĂȘme Ă faible dose.
=> La dĂ©gradation rapide du CMCSP nâimplique pas la minĂ©ralisation complĂšte du PEIGu mais plutĂŽt sa dissociation en fragments solubles dont certains comme le guanidinium peuvent ensuite ĂȘtre biodĂ©gradĂ©s lentement par des micro-organismes adaptĂ©s. Le carbone du PEIGu nâest donc pas entiĂšrement recyclĂ© aujourdâhui, le risque de pollution molĂ©culaire existe, puisque le PEIGu, bien qu'utilisĂ© en faible quantitĂ©, nâest pas entiĂšrement dĂ©polymĂ©risĂ© ni minĂ©ralisĂ©, le PEI ne disparaĂźt pas par un mĂ©canisme naturel robuste. Sa dissociation dans le CMCSP est physique (rupture ionique), pas biochimique. Son devenir Ă long terme reste une incertitude Ă©cologique majeure.
Le risque avec le PEIGu nâest pas celui du microplastique mais celui dâun polluant molĂ©culaire soluble, persistant, et potentiellement toxique dont le devenir Ă grande Ă©chelle est inconnu, comme si c'Ă©tait un pesticide bĂ©nin mais rĂ©el.
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=> en l'état la piste de rechercher une biodégradabilité totale dÚs le départ est intelligente mais les pistes de substitution pour le PEI ne sont ni nombreuses, ni toutes inoffensives, ni évidentes.
La moins risquée de prime abord est celle des polypeptides (molécules faites de seulement quelques acides aminés, comme les protéines qui, elles, en ont en général des centaines), en particulier le poly (L-argininate glyceryl succinate) (PAGS) déjà utilisé par ailleurs et entiÚrement hydrolysable : ses liaisons ester sont rompues biologiquement (enzymes) ou chimiquement, libérant glycérol, acide succinique et L-arginine, tous naturels et métabolisables (via le cycle de Krebs). Ce mécanisme est similaire à celui du PLGA utilisé en médecine et entiÚrement biodégradable.
Les polypeptides Ă base d'arginine sont dĂ©gradĂ©s par des protĂ©ases (ex. trypsine, chymotrypsine) prĂ©sentes dans le milieu naturel. Lâarginine libĂ©rĂ©e entre dans le cycle de lâurĂ©e ou bien est rĂ©utilisĂ©e par les cellules.
Contrairement aux polymĂšres persistants (PEI, PEG), ces systĂšmes ne sâaccumulent pas : leur squelette est dâorigine biologique, conçu pour ĂȘtre dĂ©composĂ©.
=> Les chercheurs du RIKEN ont dĂ©veloppĂ© le CMCSP sur un financement public (JSPS, RIKEN) ET AUSSI un soutien de la Kao Corporation (multinationale chimique japonaise), comme indiquĂ© dans lâarticle originel dans RIKEN (https://www.riken.jp/en/news_pubs/research_news/pr/2025/20251203_2/index.html).
-> La nature exacte de la couche protectrice du CMCSP, Ă©voquĂ©e trĂšs briĂšvement ici en fin d'article, nâest pas prĂ©cisĂ©e dans les sources disponibles, Ă©tude originale du site RIKEN incluse. Aucune information nâest fournie quant Ă la composition chimique de ce revĂȘtement hydrophobe censĂ© protĂ©ger le matĂ©riau de lâeau salĂ©e avant que ce ne soit voulu. Attendu que le partenaire industriel du projet, Kao Corp., a dĂ©posĂ© des brevets portant sur des compositions de revĂȘtements complexes (notamment Ă base de surfactants ou de copolymĂšres), il est impossible dâexclure que ce revĂȘtement hydrophobe contienne des molĂ©cules synthĂ©tiques persistantes.
-> le fait que la premiĂšre phrase du dernier paragraphe soit clairement un mensonge, plus le fait que le Takuzo Aida ait osĂ© dĂ©clarer publiquement (via l'AAAS, cf sa citation en derniĂšre phrase de ce mĂȘme dernier paragraphe) avoir contribuĂ© Ă "crĂ©er un matĂ©riau plastique Ă la fois flexible et rĂ©sistant qui se dĂ©compose sans danger dans l'ocĂ©an" en soit clairement un autre vu le niveau scientifique de ce chercheur spĂ©cialisĂ© en la matiĂšre, pousse Ă considĂ©rer qu'ils en sont parfaitement conscients mais rĂ©pĂštent un baratin commercial plaisant Ă leur sponsor privĂ©, la Kao Corp., baratin ayant toutes les chances d'ĂȘtre inscrit dans une stratĂ©gie de renforcement de l'utilisation des plastiques Ă usage unique, les pires, en les repeignant en vert (hydrofuge) pour rassurer les opinions comme les actionnaires.
En tout cas, de toute Ă©vidence aujourd'hui, LE PLASTIQUE BIODĂGRADABLE ĂA N'EXISTE PAS, c'est de l'infox, de la propagande, du green-washing pour le lobby le plus polluant au monde, la pĂ©trochimie.
#science #pollution #plastique #greenwashing#dystrophisationMondiale