#nullePart

"L'étreinte se relâche d'elle-même. Le mouvement semble neutre. Parti de #nullepart : où commencent les gestes qui gouvernent les membres se laissant retomber, ces torses glissant de part et d'autre, ces poitrines s'immobilisant dans des respirations ralenties et conscientes de l'être, jusqu'à ce que l'air et les battements du cœur ne soient plus que de minuscules soulèvements de la peau ?"

(Premiers mots (!) de Tabor, de Phœbe Hadjimarkos Clarke)

"[...] rien n'est régulier ici, même ce qui devrait l'être, pas de cycle, même la lune m'a laissée tomber, ou alors c'est moi qui m'égare, mon corps se déboussole, c'est le grand déboulonnage, plus d'articulation, #nullepart, un amas de conduits, ça circule, ça passe, mais moi je ne saigne pas, [...]"

Clara Dupuis-Morency, Mère d'invention

"La route est toute droite ensuite, sans trottoirs ni bas-côtés. Je marche face aux voitures même s’il y a pas de chances que j'en croise une. Car la route droite qui sort du village mène #nullepart. Elle s’arrête au milieu de la nature, il y a même pas un petit sentier pour la prolonger. Quand j’arrive devant la maison, il a arrêté de neiger et sur le toit flotte une lumière texture de lait. Ça fait du bien de voir un truc beau comme ça. Tellement de bien que je plonge dedans, je m'y baigne. Cette lumière, c’est aussi ma vie. Une lumière qui n’existe pas en bas. Elle sort des roches et des bruyères comme de la sève qui inonde le ciel. Puis des flashs de couleur se mettent à cogner contre les fenêtres du salon : c’est la daronne qui vient de se poser devant Hanouna. C’est moins beau d’un coup."

(Grégory Le Floch, Peau d'ourse)

Claire PiotClairePiot
2026-01-17

"Les meilleurs routes font la jonction entre nulle part et nulle part, elles ne sont généralement que la variante d'un autre itinéraire plus rapide." Lu dans 'Traité du zen et de l'entretien des motocyclettes' de Robert M. Pirsig

@auroreturbiau

Photo de la page 18 (édition Points poche) dans laquelle on trouve la citation

"En tant que bisexuel⋅les militant⋅es, nous nous glissons dans les collectifs et les luttes qui nous concernent, que ce soit partiellement ou complètement, et nous apprenons à mettre de côté une part de nous-mêmes - celle qui sera jugée trop hétéro où celle qui sera jugée trop queer, c'est selon. Nous prenons ce qu'il y a à prendre. Nous savons composer. [...] Le risque bien sûr, c'est de se morceler à l'intérieur, de compartimenter les facettes multiples de son identité bisexuelle, de ne plus arriver à arranger cette somme d'expériences diverses d'une manière qui soit intelligible pour soi et pour les autres [...] Un coup hétéro, un coup homo, on peut arriver à se sentir à la fois partout et #nullepart, en perpétuelle phase transitoire."

(Stéphanie Ouillon, Quelle bisexualité radicale ?)

« Avec un siècle de recul, il paraît d’autant plus macabre que Kafka, lui dont le métier consistait à défendre les droits des prolétaires, ait exposé "ses" ouvrières à une substance hautement cancérigène. Ces femmes se nouaient apparemment des tissus autour de la tête et du cou pour préserver leur peau du contact avec les fibres de l’amiante ; mais #nullepart il n’est fait mention de masques protecteurs, et le rituel de cette unique brosse à vêtements passant de main en main dans l'atelier à la fin de la journée [...] nous montre l’inconscience des ouvrières, du maître d'œuvre et des deux directeurs. Dans cette scène, il faut sans doute imaginer Kafka enveloppé d’un nuage d'amiante, et lui et son beau-frère ne pouvaient manquer de rapporter ces particules dans leur foyer. »

(Reiner Stach, Kafka, Le temps des décisions)

Magali Cécile Bertrandmagcbertrand@sciences.re
2025-12-16

Sans alt pour cette fois, un bout de #nullepart pour @auroreturbiau (avec du paysage dedans !)
Christian Bobin, La parole sale (dans le recueil La part manquante)

"Je jouais tellement le jeu de l'Occident que nous avions l'impression, Jean et moi, de n'avoir plus rien à expliquer. Les petits oiseaux dans le jardin, le vent qui montait du parc avec toutes les odeurs de la nature me donnaient envie de sauter, hurler comme un enfant n'ayant mal #nullepart. Les journées et les nuits étaient remplies de découvertes et de rencontres."

(Ken Bugul, Le Baobab fou)

"Un employé EDF court vérifier. Il grimpe l'escalier du belvédère, celui qu'a emprunté d'Eaubonne, et se rend aux toilettes - comme elle. [...] Sous un appareil de chauffage, il palpe un gant-éponge. Alerte générale, l'alarme déchire le chantier. Chez les ouvriers, on s'interroge, on s'abrite, regards inquiets. Chacun sait que la centrale est une passoire : les laissez-passer ne sont pas même munis de photos, et certains employés en possèdent plusieurs, au gré de leurs contrats en intérim. Qui veut faire sauter la baraque ? Un truc pareil, ça n'est jamais arrivé.
#NullePart."

(David Dufresne, Remember Fessenheim)

"Le sentiment d'être hors du monde, au milieu de #nullepart, je l'ai éprouvé très longtemps. J'ai choisi de distinguer des faits, des situations récurrentes, d'en faire des romans.
Je m'étais promis de quitter mon ignorance, d'apprendre quelque chose sur des sujets difficiles et tabous, par exemple, sur des états voisins de la folie. La mémoire du passé au Québec est encore gelée, quand elle n'est pas taboue."

(France Théoret, Écrits au noir)

"Le voyage vers #nullepart avait commencé il y a deux dimanches. H et ses enfants étaient assis sur le banc du balcon. H allait prendre des notes, mais la main tomba dans le vide. La page muette, se dressa, mur filant vertical, impossible aux doigts de grimper, refus haineux de la surface verticale, vision fantastique de l'invisible, indice du démon : absolument spectral, les doigts comme des aveugles sentent le mur, son épaisseur, sa croissance rapide, sa présence d'une violente hostilité. H terrassée, abattue par l'offensive, le mur promet la mort. Comme la mort de Samson rasé, vidé de lui-même. C'est la mort. Ainsi c'est la mort. C'est donc la mort."

(Hélène Cixous, Ce qui n'était jamais arrivé)

"Arjun Appadurai démontre de manière convaincante que les règles de ce qu'il nomme la 'discutabilité du passé' sont en vigueur dans toutes les sociétés. Même si elles varient considérablement dans le temps et l'espace, llz visent toutes à garantir un minimum de crédibilité à l'histoire. [...] L'histoire n'est #nullepart infiniment sujette à l'invention."

(Michel-Rolph Trouillot, Faire taire le passé. Pouvoir et production historique)

"[...] l'essence même du style homérique [...] est de présentifier les phénomènes sous une forme complètement extériorisée [...]. Il en résulte un flux ininterrompu et rythmé de phénomènes, où n'apparaît #nullepart une forme restée à l'état de fragment ou seulement à demi éclairée, ou une lacune, ou une disparate qui conduirait le regard dans des profondeurs insondées."

(Auerbach, Mimésis)(pourquoi pas)

"Quand le poisson vient à manquer, il ne reste plus grand chose vers quoi se tourner, le vent saturé d'iode gifle les habitants, l'eau potable se perd avec l'espoir dans les crevasses de lave et #nullepart la distance mesurée entre ciel et terre n'est plus importante [...]. #Nullepart ailleurs en Islande, les gens ne vivent aussi près de la mort."

(Double ! Jón Kalman Stefánsson, D'ailleurs, les poissons n'ont pas de pieds)

"Il nous faut dans un monde où nous n'existons que passées sous silence, au propre dans la réalité sociale, au figuré dans les livres, il nous faut donc, que cela nous plaise ou non, nous constituer nous-mêmes, sortir comme de #nullepart, être nos propres légendes dans notre vie même, nous faire nous-mêmes êtres de chair aussi abstraites que des caractères de livre ou des images peintes."

(Monique Wittig pour changer, dans son avant note à La Passion de Djuna Barnes)

"Il bondit sur la rampe de métal, puis se projette en avant. Une seconde, il vole au-dessus de l'eau. Le pilote et son assistant n'ont pas eu le temps de réagir. Ils regardent avec surprise l'ombre, sortie de #nullepart, bondir vers le quai."

(Michel Jean, Maikan)

"La lumière qui éclairait la scène demeurait pour moi un mystère : elle ne possédait pas de source et elle était partout insuffisante ; il n'y avait #nullepart d'ombres profondes ni de ruelles ténébreuses, mais je n'arrivais pas à voir où j'allais. La taille et le style des bâtiments, la destination des rues demeuraient une énigme."

(Robin Hobb, La Reine solitaire)

Ah, cette fois, c'est une amie :

« les "appropriations", lorsqu'elles sont produites par les femmes, [...] sont avant tout des réappropriations de soi : l'anxiété est d'abord celle d'accéder à la possibilité de dire, [...] et les emprunts entraînent autant l'angoisse de "l'endettement" que celle de la paralysie. Ce phénomène prend d'autant plus de sens en une fin de siècle qui fait partout des femmes les objets du fantasme et #nullepart les sujets de la parole. »

(Camille Islert, Renée Vivien : une poétique sous influence)

"En Afrique, elle ne supporte pas la chaleur, elle passe son temps à regretter Paris, l'Opéra, les grands magasins, les théâtres. À Paris, elle se plaint du froid, du manque de personnel, des appartements petits. Elle regrette le soleil d'Afrique. Elle ne se plait #nullepart. On dit qu'elle est raciste, mais elle m'invite souvent. J'ai un réel faible pour ses plateaux de fromage et ses tranches de jambon."

(Thérèse Kuoh Moukoury, Rencontres essentielles)

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