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#Markdown #Syntaxe

C'est ça đŸŽó Łó Ąó ±ó Łó ż Francis..chatkipete@onjase.quebec
2025-09-06
Jeroen de Boerjrndbr@toot.community
2025-07-18

Allan Holdsworth showcasing the synthaxe, but besides that a classic in his oeuvre. Non Brewed Condiment, Atavachron, Funnels, Looking Glass: wow.

Allan Holdsworth - Atavachron

(1986 – Canada, Enigma Canada – ST-73203)

#nowplaying #nowspinning #jazz #vinyl #jazzrock #allanholdsworth #syntaxe

Les complĂ©ments d’objet indirects : aspects syntaxiques

Plan de l’article :

I. Définition générale
II. Préposition inaugurale et nature syntaxique
III. RĂšgles de transformation

IV. Conclusions et bibliographie

I. Définition générale

Que sont les complĂ©ments d’objet indirects (COI) ?

Les complĂ©ments d’objet indirects (COI) sont reconnus par la tradition grammaticale comme des complĂ©ments essentiels du verbe, Ă  l’aune des complĂ©ments d’objet directs (COD). Ils se caractĂ©risent, au regard de ces derniers, par leur syntaxe particuliĂšrement et notamment par la prĂ©position inaugurale qui les introduit (1).

(1) Je parle Ă  Jean.

Leur repĂ©rage, cependant, est plus complexe dans la mesure oĂč ils ressemblent, superficiellement, Ă  d’autres types de groupes prĂ©positionnels, notamment la famille des complĂ©ments dits « circonstanciels Â», des complĂ©ments Ă  valeur scĂ©nique ou de certains complĂ©ments de phrase, qui partagent d’ailleurs parfois certaines de leurs propriĂ©tĂ©s. Ces problĂšmes ont Ă©tĂ©, en grammaire scolaire, longtemps indĂ©passables : et il Ă©tait frĂ©quent que les manuels identifient comme des COI des complĂ©ments circonstanciels, et rĂ©ciproquement.

Historiquement, il y a effectivement une relation entre ces complĂ©ments : un certain nombre de COI ont Ă©tĂ©, dans l’histoire de la langue française, des complĂ©ments circonstanciels qui ont Ă©tĂ© progressivement intĂ©grĂ©s dans la valence verbale. En effet, un certain nombre de ces complĂ©ments, parce qu’ils accompagnaient trĂšs souvent un verbe et Ă©taient cohĂ©rents avec son sĂ©mantisme, ont fini par dĂ©velopper une relation de solidaritĂ© assez forte avec le verbe et devenir un de ses actants.

Le COI se définit donc comme un complément essentiel du verbe, introduit par une préposition et distinct, par ses propriétés, des autres types de groupes prépositionnels.

Le lien, cependant, entre le COI et le verbe est plus lĂąche qu’avec un COD ou un attribut, dans la mesure oĂč l’on a prĂ©cisĂ©ment besoin d’une prĂ©position pour assurer la relation avec le verbe. En ce sens, et au-delĂ  des paramĂštres syntaxiques que l’on Ă©numĂšrera ci-aprĂšs, le paramĂštre sĂ©mantique est essentiel pour identifier les COI. C’est en effet le contexte, et la relation de sens entre le verbe et le COI, qui orientera l’analyse.

Ainsi, un complĂ©ment locatif du type Ă  l’école sera bien un COI du verbe aller, dans la mesure oĂč le sens du verbe suppose un complĂ©ment indiquant le point d’arrivĂ©e du mouvement ; en revanche, il sera davantage un complĂ©ment circonstanciel, Ă  valeur scĂ©nique, derriĂšre un verbe comme parler puisque son sĂ©mantisme, ou son « drame Â» pour reprendre la formule de TesniĂšres, n’implique pas une prĂ©cision locative au regard du schĂ©ma actanciel du verbe oĂč l’on attendrait davantage la personne Ă  qui l’on parle, ou le sujet de la discussion.

(2a) Je vais Ă  l’école (COI)
(2b) Je parle Ă  l’école (circonstant) de mathĂ©matiques (COI)

Dans cet article, nous ne reviendrons pas sur ces aspects sĂ©mantiques, qui feront l’objet d’un dĂ©veloppement approfondi dans un futur billet sur les circonstants. Il y a, en revanche, des Ă©lĂ©ments syntaxiques assez stables sur lesquels il est bon de revenir ici pour identifier les COI.

II. Préposition inaugurale et nature syntaxique

La prĂ©position introduisant le COI demeure l’un de ses traits fondamentaux : c’est ce qui le distingue notamment des COD et des attributs. En revanche, la nature du COI peut ĂȘtre diverse. On peut trouver lĂ  des noyaux nominaux (substantifs ou pronoms), des infinitifs (forme « quasi-nominale Â» du verbe) ou des subordonnĂ©es, complĂ©tives ou intĂ©gratives (dites encore « indĂ©finies Â»).

(3a) Je parle de Pierre / de moi (noyau nominal)
(3b) Je parle de partir (noyau infinitif)
(3c) Je parle de ce que je veux (noyau subordonnée complétive)
(3d) Je parle de qui je veux (noyau subordonnée indéfinie)

Les prĂ©positions introduisant des COI sont Ă©galement multiples. Outre la triade Ă /de/en, composĂ©e des prĂ©positions les plus usuelles du français, nous pouvons Ă©galement trouver, toujours selon le sĂ©mantisme du verbe, d’autres prĂ©positions au sens plus transparent comme sur (je m’assois sur une chaise), contre (je m’appuie contre le mur) ou pour (je vote pour mon candidat). On retiendra cependant deux Ă©lĂ©ments les concernant :

(i) D’une part, le choix de la prĂ©position est contraint par le verbe. Si certains d’entre eux autorisent, avec diffĂ©rents effets de sens, une certaine variation, la chose est rare en français.

(4a) Je parle Ă /de/pour Jean.
(4b) *Je vais selon l’école

(ii) D’autre part, il faut que le sens de la prĂ©position, dans le cas oĂč celle-ci n’est pas Ă , de ou en, soit cohĂ©rent avec le verbe. Ainsi, on acceptera volontiers une prĂ©position locative avec un verbe de mouvement (5a), mais il sera plus difficile d’employer une prĂ©position liĂ©e au but ou Ă  l’intention (5b).

(5a) Il parvient jusqu’au sommet.
(5b) *Il parvient pour le sommet.

C’est prĂ©cisĂ©ment parce qu’il y a cohĂ©rence entre le sens du verbe et la prĂ©position qu’historiquement, la rĂ©analyse du circonstant en COI a pu se faire progressivement. On notera d’ailleurs que la prĂ©position permet de distinguer divers sens Ă  un verbe, en fonction du mode de construction du complĂ©ment :

(6a) Je connais Jean.
(6b) Le juge connaĂźt de l’affaire (= « ĂȘtre capable de juger l’affaire Â»)

Parfois encore, le choix de la prĂ©position oriente l’interprĂ©tation, avec des nuances plus ou moins fines. On a vu rĂ©cemment, dans la langue moderne, se stabiliser une opposition entre habiter Ă  Paris et habiter sur Paris, la prĂ©position sur indiquant une localisation plus lointaine ou plus vague (Ă  Paris = intra-muros ; sur Paris = dans le voisinage de Paris, en banlieue proche par exemple). Aussi, l’usage continue de modifier la valence verbale en s’appuyant sur la complexitĂ© des prĂ©positions, pour dĂ©terminer des effets de sens nouveaux.

III. RĂšgles de transformation

Certaines rĂšgles de transformation syntaxique permettent Ă©galement d’orienter l’analyse, et de distinguer les « vrais Â» COI, c’est-Ă -dire les actants du verbe, d’autres types de groupes prĂ©positionnels, en jouant sur le lien syntaxique que le COI entretient avec son verbe. Notamment les COI peut ĂȘtre pronominalisĂ©s en position prĂ©verbale :

(7a) Je parle de Jean <=> J’en parle.
(7b) Je parle lentement <≠> *Je le parle.
(7c) Je parle à voix basse <≠> *J’y parle

Au regard des COD ou des attributs en revanche, les rÚgles de pronominalisation de COI sont un peu plus complexes. On doit notamment distinguer trois régimes de transformation, en fonction et de la nature de la préposition inaugurale, et du statut référentiel du COI selon le paramÚtre +/- humain. On distinguera alors :

(i) Un premier rĂ©gime avec les COI introduits par Ă . La pronominalisation s’effectue alors soit par y pour les COI -humain (8a), soit par lui pour les COI +humain (8b). Dans ce dernier cas, le pronom lui ne marque pas le genre masculin ou fĂ©minin, que ce soit au niveau grammatical ou ontologique.

(8a) Je rĂ©ponds Ă  son courrier <=> J’y rĂ©ponds.
(8b) Je réponds à Marie <=> Je lui réponds.

Dans certains cas, la transformation peut s’effectuer en conservant un GP introduit par Ă , suivi de lui/elle(s)/eux/ça, en parallĂšle de la pronominalisation en y. C’est un choix fait pour lever, occasionnellement, une ambiguĂŻtĂ© interprĂ©tative. Ainsi, (9a) est tant la transformation de (9b) que de (9c).

(9a) J’y pense.
(9b) Je pense à l’avenir (Je pense à ça)
(9c) Je pense Ă  mes enfants (Je pense Ă  eux)

On notera Ă©galement que y tend nĂ©anmoins Ă  se spĂ©cialiser dans le non-humain : c’est l’interprĂ©tation prĂ©fĂ©rentielle, et certaines variĂ©tĂ©s diatopiques (dans le lyonnais par exemple) Ă©tend cette propriĂ©tĂ© au COD, pour distinguer la rĂ©fĂ©rence des complĂ©ments au regard du pronom objet le/la (Je le [Jean] vois vs. J’y [la table] vois).

(ii) Les COI introduits par de se pronominalisent tous par en. Ce pronom est vĂ©ritablement liĂ© au mot-forme de, puisqu’on le retrouve Ă©galement pour la transformation des COD introduits par le partitif ou le dĂ©terminant indĂ©fini de. Il faut donc veiller Ă  ne pas confondre les formes entre elles, et de vĂ©rifier le statut de de, prĂ©position ou dĂ©terminant.

(10a) Je parle de Jean <=> J’en parle (COI)
(10b) Je veux de l’eau <=> J’en veux (COD)

(iii) Enfin, les autres types de COI se pronominalisent sous la forme préposition + pronom pour les animés :

(11a) Jean tourne autour de Marie <=> Jean tourne autour d’elle.
(11b) Je compte sur Jean <=> Je compte sur lui.

Ou, pour les inanimĂ©s, par un rappel de la prĂ©position « seule Â», sans le reste du syntagme.

(12) J’ai votĂ© contre la loi <=> J’ai votĂ© contre.

L’identification de ces derniers complĂ©ments comme COI est parfois discutĂ©e, mais deux arguments peuvent ĂȘtre avancĂ©s pour conduire l’analyse : d’une part, la pronominalisation avec lui est encore autorisĂ©e pour les animĂ©s (13a), mĂȘme si certaines grammaires associent la transformation Ă  un niveau de langue populaire ou relĂąchĂ©e. D’autre part, le dĂ©tachement en tĂȘte d’énoncĂ© est senti comme incorrect ou maladroit (13b). Or, le COI Ă©tant un complĂ©ment verbal, on ne peut le dĂ©placer librement comme on peut le faire avec un complĂ©ment Ă  valeur scĂ©nique.

(13a) Jean lui tourne autour.
(13b) ?Autour de Marie, Jean tourne.

Ce test de dĂ©placement en tĂȘte d’énoncĂ© est d’ailleurs crucial. Si on peut toujours le faire pour les COI, on notera qu’il demande un rappel par cataphore d’un pronom en position prĂ©verbale pour assurer la grammaticalitĂ© de l’énoncĂ©, ce qui n’y pas le cas des complĂ©ments Ă  valeur scĂ©nique (14).

(14a) (À) Jean, je lui parle / ?(À Jean), je parle
(14b) Sur le quai, j’ (*y) attends.

La complexitĂ© de ces analyses, et le fait qu’elles fassent appel Ă  notre sentiment de langue, empĂȘche cependant d’avoir des certitudes absolues pour certains complĂ©ments. En diachronie de mĂȘme, il est pour ainsi dire impossible de mener la discussion, comme nous ne pouvons pas faire appel Ă  ce sentiment linguistique.

IV. Conclusions et bibliographie

Les COI nous rappellent, si besoin Ă©tait, que rien dans l’analyse de langue n’est absolument indiscutable : les phĂ©nomĂšnes grammaticaux ne sont pas des Ă©quations mathĂ©matiques Ă  rĂ©soudre, et une part d’interprĂ©tation sera toujours nĂ©cessaire dans l’analyse mĂȘme si des tests et des outils nous permettent d’orienter les discussions. Les COI sont des tĂ©moins privilĂ©giĂ©s de cette observation, comme ils se situent Ă  la frontiĂšre entre les actants du verbe et les circonstants, sans mĂȘme rentrer dans le terrain, difficile, de l’évolution historique ou de la variation gĂ©ographique.

Parmi les références que nous pouvons donner :

  • Jacqueline Pinchon a Ă©crit, en 1972, une Ă©tude sur Les pronoms adverbiaux en et y, hĂ©las non rééditĂ©. Sa consultation permettra cependant d’y voir plus clair sur cette question Ă©pineuse.
  • Outre les rĂ©fĂ©rences donnĂ©es dans l’article sur les prĂ©positions, qui serviront Ă©galement pour la discussion, on lira avec attention l‘article de Le Querier (1999), sur Fin de partie de Beckett, pour un point de vue stylistique/sĂ©mantique sur la question.

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#complément #complémentCirconstanciel #complémentDObjetDirect #complémentDObjetIndirect #grammaire #MathieuGoux #pronom #Syntaxe #valenceVerbale #verbe

Joshua McNeilljoshisanonymous@h4.io
2025-05-20

Est-ce qu'on connaĂźt une Ă©tude qui analyse le "en" dans l'expression "en vouloir Ă  qqn"? Ina peu de chances, mais quand mĂȘme...

#linguistique #syntaxe #sémantique #pronoms #français

Joshua McNeilljoshisanonymous@h4.io
2025-04-08

Les #créolistes aiment bien l'idée des marqueurs dans les #créoles, mais c'est vraiment un cas d'exoticiser le parler d'autrui. Un marqueur est peu souvent concevoir comme une catégorie lexicale, laissé vague, et les critÚres quand il est ainsi conçu sont sans motivations, tandis qu'une analyse semblable à celle de son lexificateur suffirait. DeGraff (2005) a averti des maux de cet exceptionnalisme #créole.

#linguistique #sociolinguistique #créolistique #syntaxe #morphologie

Le petit point #Daronnie du matin : #3ans qui parle à peu prÚs systématiquement de « tes frÚres » pour désigner #8ans et #10ans, mais ce vocable ne s'applique pas à #14ans qui reste A.

Ex. « A. et tes frÚres, vous venez à table ! Tes frÚres ! Vous avez entendu ? »

#syntaxe

2025-02-01

Je pense qu'il n'y a pas que le systÚme d'information de l'Urssaf qu'il faut améliorer...
Le message affiché ce jour sur leur page d'accueil en donne un exemple : urssaf.fr/accueil.html
Mais peut-ĂȘtre que le responsable est Albert !
DĂ©jĂ , les promesses des promoteurs de l'IA ne sont pas au rendez-vous selon l'enquĂȘte auprĂšs de 90 000 agent·es des impĂŽts :
solidairesfinancespubliques.or
#impots #IA #Albert #syntaxe

Joshua McNeilljoshisanonymous@h4.io
2025-01-07

On veut imaginer que les mots grammaticaux aient des sens simples et fixes, mais l'ambiguĂŻtĂ© est tout partout. Par exemple, en posant une question Ă  un groupe, on dit: «À votre avis, ...?», mais on continue par: «Vos avis sont intĂ©ressants!» L'intention en ce qui concerne le nombre va pas de pair avec les formes du dĂ©terminant.

#linguistique #syntaxe #morphologie #morphosyntaxe #sémantique

HĂ©lĂšne LƓvenbruckLoevenbruckLN@mas.to
2024-11-25

L’inauguration de “Montre-moi !” l’album pour tout-petit, créé par Corinne Dreyfuss pendant sa rĂ©sidence au Babylab-LPNC et inspirĂ© des derniĂšres recherches sur le dĂ©veloppement cognitif et langagier, c’est demain au MusĂ©e de Grenoble !

Dans le cadre du projet art-science-sociĂ©tĂ© “BabylabobibliO”, co-portĂ© par le Babylab-LPNC et l’association MĂ©diarts.

#lpnc_cnrs
#UniversitéGrenobleAlpes
#cnrs
#ThierryMagnierÉditions
#babyLab #pointage #langage #prosodie #syntaxe #couleurs #emotions #boubakiki

cbocbo9
2024-10-27

Retrouver rapidement les éléments de syntaxe Markdown les plus courants.

elblur.fr/coding/memo-syntaxe-

Plan de l’article :

I. Définition générale
II. Morphologie
III. Copules
IV. Verbes à élargissement attributif

V. Attributs de l’objet
VI. Bibliographie

I. Définition générale

Que sont les attributs ?

Nous avions dĂ©jĂ  Ă©voquĂ© la notion d’attribution, jadis, par l’intermĂ©diaire du concept de diathĂšse du verbe, comme on peut faire l’analyse de la « voix passive Â» sous l’angle de l’attribution. Typiquement et gĂ©nĂ©ralement, l’actant de type « attribut Â» est analysĂ© comme un actant essentiel du verbe, puisque sa suppression entraĂźne un changement majeur de sens (1). On le trouve gĂ©nĂ©ralement Ă  la droite de verbes dits attributifs comme ĂȘtre, paraĂźtre ou demeurer, et servent gĂ©nĂ©ralement Ă  prĂ©ciser une propriĂ©tĂ© ou une qualitĂ© d’un autre actant comme le sujet.

(1a) Jean paraĂźt malade.
(1b) Jean paraĂźt.

En ce sens, l’attribut est non seulement dĂ©pendant de l’identitĂ© du verbe l’introduisant, mais aussi de l’actant auquel il se rapporte. Cela se voit notamment par l’intermĂ©diaire de l’accord entre l’attribut et l’actant auquel il se rapporte (2). Cet actant est souvent sujet, mais il peut aussi ĂȘtre, comme on le verra, objet du verbe.

(2a) Jean est gentil.
(2b) Marie est gentille.

Si les interprĂ©tations sĂ©mantiques de l’attribut sont diverses, elles impliquent gĂ©nĂ©ralement une procĂ©dure d’identification, proche de l’opĂ©rateur Ă©gal (« = Â») des mathĂ©matiques. Il s’agit d’attribuer (d’oĂč le nom « d’attribut Â») une propriĂ©tĂ©, de l’ordre de la qualitĂ© ou de l’identitĂ© Ă  un autre rĂ©fĂ©rent.

Un certain nombre de structures peuvent ĂȘtre qualifiĂ©es comme relevant de l’attribution, et un trĂšs grand nombre de verbes peuvent les introduire. Au niveau syntaxique, deux propriĂ©tĂ©s majeures permettent de repĂ©rer l’attribution :

  • D’une part, le lien que l’attribut tisse avec le verbe introducteur les consacre comme faisant partie pleinement de sa structure d’actance. En ce sens, un dĂ©tachement en tĂȘte de phrase nĂ©cessite de prendre le groupe composĂ© du verbe attributif et de l’attribut (3b), et non pas, simplement, l’attribut seul (3c). Au contraire, les complĂ©ments d’objet direct peuvent ĂȘtre isolĂ©s en tĂȘte de phrase (4b).

(3a) Tout le monde rĂȘve d’ĂȘtre heureux
(3b) Être heureux, tout le monde en rĂȘve.
(3c) *Heureux, tout le monde rĂȘve d’ĂȘtre.

(4a) Tout le monde rĂȘve de manger des pommes
(4b) Des pommes, tout le monde rĂȘve d’en manger.
(4c) Manger des pommes, tout le monde en rĂȘve.

  • Ensuite, ces attributs peuvent ĂȘtre pronominalisĂ©s par la forme invariable le, qui agit davantage comme une « bĂ©quille syntaxique Â» assurant la grammaticalitĂ© du verbe, que comme une vĂ©ritable anaphore, rĂ©fĂ©rentiellement interprĂ©table. LĂ  encore, ce trait distingue, les attributs des complĂ©ments d’objet.

(4a) Je suis une psychologue.
(4b) Je le suis (attribut)
(4c) Je la suis (complĂ©ment d’objet)

Notre article reviendra tout d’abord sur la diversitĂ© morphologique des attributs, avant d’explorer les deux grandes familles de verbes pouvant les introduire : les copules et les verbes Ă  Ă©largissement attributif. Nous terminerons par parler des attributs de l’objet, qui composent une famille de complĂ©ments au repĂ©rage parfois difficile.

II. Morphologie des attributs

Ces deux derniĂšres propriĂ©tĂ©s (dĂ©tachement avec le verbe en tĂȘte de phrase ; pronominalisation par le) nous permettent de faire un inventaire des diffĂ©rentes formes que peuvent prendre les attributs en française. On peut trouver, ainsi :

  • Des adjectifs, souvent prĂ©sentĂ©s comme la forme prototypique de l’attribut.

(5) Je suis heureux/heureuse.

(6) Je suis professeur.
(7) Je suis un professeur.

  • Des pronoms :

(8) Ils sont plusieurs.

(9a) Je suis qui je suis.
(9b) Je suis celui que tu crois.

(10) Pierre est de bonne humeur.

(11) Marie est ainsi.

  • Des propositions infinitives :

(13) Souffler n’est pas jouer.

  • Ou des subordonnĂ©es circonstancielles :

(14) L’inflation (c’)est quand l’argent perd sa valeur.

III. Copules

Les copules sont des verbes spĂ©cialisĂ©es dans l’introduction d’attributs du sujet : ce sont les seuls complĂ©ments qu’ils peuvent introduire. Le verbe ĂȘtre est sans doute le prototype de cette famille et sans doute le plus employĂ© ; mais on peut Ă©galement trouver une sĂ©rie de verbes qui peuvent ĂȘtre vus comme des variantes sĂ©mantiques de celui-ci, comme paraĂźtre, devenir, demeurer, sembler ou rester. Ainsi, devenir dĂ©note une identitĂ© future ou en cours d’accomplissement alors que paraĂźtre signalerait une identitĂ© superficielle.

Le verbe avoir peut Ă©galement, dans certaines structures, avoir un rĂŽle de copule et introduire des attributs, et non des complĂ©ments d’objet. Ainsi, les exemples (15) emploient avoir dans un rĂŽle de copule, comme le montrent les tests de pronominalisation et de dĂ©tachement :

(15a) Je n’ai pas honte d’avoir faim.
(15b) Les maisons ont le toit pentu.
(15c) (D’)Avoir faim, je n’en ai pas honte.
(15d) Elles l’ont (*Elles les ont)

Le verbe avoir peut Ă©galement entrer dans des pĂ©riphrases attributives, et l’accord peut parfois ĂȘtre senti comme facultatif, en fonction de l’analyse : aprĂšs l’expression avoir l’air, l’accord, frĂ©quent, indique un lien attributif avec le sujet (16a) ; mais l’absence d’accord fait de l’adjectif un Ă©pithĂšte du nom air, et non un attribut.

(16a) Marie a l’air idiote.
(16b) Marie a l’air idiot.

On notera enfin que dans dans une perspective interlangue, c’est tantĂŽt l’équivalent de la copule ĂȘtre, tantĂŽt le verbe avoir, qui rend la mĂȘme propriĂ©tĂ© attributive :

(17a) I am 16 (ang.)
(17b) J’ai 16 ans.

Enfin, notons que les copules peuvent souvent ĂȘtre supprimĂ©es, particuliĂšrement le verbe ĂȘtre, l’attribut devenant un genre d’apposition ou de construction dĂ©tachĂ©e :

(18a) Marie est une autrice et elle compose des romans.
(18b) Marie, une autrice, compose des romans.

IV. Verbes à élargissement attributif

Du fait de l’ellipse possible de la copule, certaines verbes peuvent, au prix d’une sorte d’associations de prĂ©dications rĂ©duites, introduire des attributs alors que leurs structures d’actance ne semblent pas, normalement, s’y prĂȘter. Par exemple, en (19a), l’adjectif furieuses est attribut du sujet elles, par l’intermĂ©diaire du verbe sortir, verbe de direction mais qui devient, ici, un verbe Ă  Ă©largissement attributif.

(19a) Elles sont sorties furieuses du bureau.

L’attribut, une fois encore, se repĂšre par l’accord (furieuses et non furieux). La portĂ©e de la nĂ©gation, qui va toucher non pas l’action du verbe, mais la propriĂ©tĂ© offerte par l’attribut (19b), permet Ă©galement d’identifier le lien fort entre l’adjectif et le verbe, lien caractĂ©ristique de l’attribution et non d’un autre type de complĂ©ment.

(19b) Elles ne sont pas sorties furieuses du bureau, mais heureuses.

En ce sens, (19a) peut ĂȘtre analysĂ© comme le mĂ©lange de deux prĂ©dications, l’une Ă©vĂ©nementielle, dĂ©crivant le mouvement du verbe sortir, ce qui serait son sens principal :

(19c) Elles sont sorties du bureau.

et une seconde prĂ©dication, existentielle ou attributive, portant sur l’adjectif furieuses :

(19d) Elles sont furieuses.

En quelques sortes, il y a comme une « mise en facteur commun Â» et la copule Ă©tant facultative, il devient tout Ă  fait possible d’élaborer une expression rĂ©duite et d’étendre le domaine de l’attribution. Ce phĂ©nomĂšne est assez frĂ©quent : les verbes pronominaux (se trouver, se sentir
) sont des candidats de choix Ă  cet Ă©largissement attributif.

(20) Marie s’est retrouvĂ©e/trouvĂ©e/sentie
 idiote sur le coup.

V. Attribut de l’objet

L’ellipse de la copule permet aussi de construire un phĂ©nomĂšne plus discret en français, les attributs de l’objet, qui Ă©tablissent un lien attributif non avec le sujet syntaxique de la phrase, mais avec un complĂ©ment d’objet. La difficultĂ© de repĂ©rage tient en ce que ces attributs, comme propres en (21a), sont identiques Ă  des adjectifs Ă©pithĂštes.

(21a) Laissez les murs propres.

Nous avons pourtant ici, comme en (19a), une superposition de deux prĂ©dications, l’une Ă©vĂ©nementielle :

(21b) Laissez les murs

, l’autre existentielle :

(21c) Les murs sont propres.

DiffĂ©rence Ă©tant, la relation attributive ne se fait pas avec le sujet, mais l’objet du verbe laisser, soit les murs. Une fois encore, remarquons que la nĂ©gation porte sur l’attribut, et non sur le complĂ©ment d’objet :

(21d) Ne laissez pas les murs propres, mais sales.

Mais Ă©galement, on peut pronominaliser l’objet Ă  part de l’attribut, du moins selon l’interprĂ©tation que l’on veut donner Ă  la phrase, attribution (21e) ou complĂ©ment d’objet (21f).

(21e) Laissez-les propres.
(21f) Laissez-les.

VI. Bibliographie

Parmi les références que nous pouvons citer sur ce sujet :

Site sous licence Creative Commons (CC BY-NC-ND 4.0) : partage autorisĂ©, sous couvert de citation et d’attribution de la source originale. Modification et utilisation commerciale formellement interdites (lien)

https://questionsdelangue.wordpress.com/2024/10/19/lattribution/

#adjectif #attribut #complémentDObjet #copule #grammaire #MathieuGoux #Sémantique #Syntaxe #verbe

Joshua McNeilljoshisanonymous@h4.io
2024-08-22

Vu dans #Tintin en 1953: le #pronom sujet «ça» avec un référent au singulier qu'est animé. Tandis que cette construction est possible en français hexagonal, c'est la norme pour la 3e personne au pluriel dans la #Louisiane.

De plus, dans mes interviews récents dans la Louisiane, je constate des fois un référent au singulier qu'est #nongenré pareil à «they» au singulier en anglais.

#linguistics #lingusitique #morphologie #syntaxe #pronoms #genre #comics #bandesdessinées #BD

Une case de Tintin Ă©oĂč le capitaine Haddock dit: «Cornichon!... Pirate!..EspĂšce de logarithme!...Ectoplasme!...Sapajou!...Ça se croit gendarme et ça ne sait mĂȘme pas dĂ©boucher proprement une bouteille!...»
Joshua McNeilljoshisanonymous@h4.io
2024-06-12

Ina deux maniĂšres d'exprimer l'imperfectif du passĂ© en #crĂ©olelouisianais: les soi-disant marqueurs «té» et «sé», dĂ©crits comme Ă©tant en variation libre. Mais, ina peut-ĂȘtre quelque chose de plus lĂ -dessus, parce que les deux peuvent varier mĂȘme dans le parler d'un seul locuteur. Dans un de mes interviews, le participant dit souvent «yĂ© té» ainsi que «yĂ© sé».

#créole #linguistique #morphologie #syntaxe #Louisiane

Joshua McNeilljoshisanonymous@h4.io
2024-04-28

«C'est moi qui est» ou «c'est moi qui suis»? Les #grammairesnormatives disent ce dernier, et c'est bien ça dans la #littérature (books.google.com/ngrams/graph?), mais sur Google, ina 5 million de résultats pour ce premier et 500 mille pour ce dernier. J'imagine qu'ina une grande différence entre les langages familier et soutenu dans ce cas.

#linguistique #sociolinguistique #morphologie #verbes #syntaxe #français #grammaire

Plan de l’article :

I. Définition générale
II. COD prototypiques
III. COD atypiques

III.1. Compléments de mesure
III.2. Séquences de tours impersonnels
III.3. Noms prĂ©dicatifs et complĂ©ments d’objet
interne
IV. Conclusions et références bibliographiques

I. Définition générale

Quelles sont les propriĂ©tĂ©s syntaxiques des complĂ©ments d’objet direct ?

Parmi les diffĂ©rents types de complĂ©ments que peut recevoir un verbe, les complĂ©ments d’objet direct (COD) sont peut-ĂȘtre parmi les plus connus. Ce sont les complĂ©ments attendus des verbes dits « transitifs directs Â», famille de verbes bivalents comme manger, appeler, aimer, etc. Le CoD occupe dĂšs lors, et canoniquement, la position directement Ă  la droite du verbe en français, langue de type SVO (1)

(1a) Je mange une pomme.
(1b) J’appelle mon frùre.
(1c) J’aime mon Ă©pouse.

Une tradition scolaire tenace fait du COD le complĂ©ment sur lequel « passe Â» (ou « transite Â», d’oĂč leur nom de « transitif Â») l’action dĂ©notĂ©e du verbe. Le COD deviendrait dĂšs lors un patient ou, Ă  proprement parler, l’objet du verbe : l’aliment de manger, qui reçoit l’appel pour appeler, l’objet de mon amour pour aimer. Cette description sĂ©mantique, nĂ©anmoins, ne permet pas de rendre compte des effets de sens multiples créés par cette famille de verbe : dĂ©jĂ , remarquons que si manger implique une transformation de l’objet une pomme, mon frĂšre et mon Ă©pouse ne sont pas vraiment modifiĂ©s par le fait de l’appeler ou de l’aimer respectivement. Et que dire de J’attends le train, oĂč ni le sujet je, ni l’objet train ne semblent subir une quelconque modification ou « transition Â» !

La notion de transitivitĂ©, et avec elle celle de verbe transitif et de complĂ©ment d’objet, est donc surtout un concept syntaxique, et non sĂ©mantique ; et ce faisant, il est possible de le dĂ©finir par des tests et des opĂ©rations. Celles-ci, cependant, dessinent davantage des gradients que des certitudes, ce qui autorise Ă  parler non pas du, mais bien des complĂ©ments d’objet.

Le terme de « complĂ©ment d’objet direct Â» dĂ©signe dĂšs lors une famille de constituants verbaux rĂ©unit sous l’angle de certaines propriĂ©tĂ©s syntaxiques, que l’on peut Ă©numĂ©rer.

Ces tests, Ă©laborĂ©s par une riche tradition grammaticale, dessinent dĂšs lors deux grandes familles de COD : des formes prototypiques, qui remplissent tous les critĂšres retenus, et des formes atypiques, ou particuliĂšres, qui ne passent que certains de ces tests et non les autres. Ce billet fera l’inventaire de ces difficultĂ©s.

II. COD prototypiques

Un COD prototypique est le deuxiĂšme actant d’un verbe transitif, aprĂšs le sujet qui entretient une relation d’accord avec le verbe. Syntaxiquement, il rĂ©pond aux critĂšres suivants :

  • Il est introduit directement aprĂšs le verbe, soit sans le truchement d’une prĂ©position comme Ă  ou de (il pourrait ĂȘtre, sinon, un complĂ©ment d’objet indirect [CoI], dont on reparlera ultĂ©rieurement) :

(2a) Je mange une pomme

  • Le COD est strictement Ă©quivalent Ă  un groupe nominal (et non Ă  un adjectif : il serait alors un attribut). Ce peut donc ĂȘtre un groupe nominal (2a), mais Ă©galement un pronom (2b), une subordonnĂ©e complĂ©tive (2c) voire un infinitif, qui est la forme quasi-nominale du verbe (2d) :

(2b) Je mange quelque chose
(2c) Je veux que tu partes
(2d) Je veux partir

  • Le lien avec le verbe est plutĂŽt fort (c’est un actant essentiel, attendu par la syntaxe du verbe). Il se traduit par une pronominalisation possible, en position prĂ©verbale, par les pronoms objets le/la/les, plus rarement en si le dĂ©terminant du COD est de (partitif ou phrase nĂ©gative) (2e) :

(2e) Je la mange / Je le veux / J’en veux / Je n’en veux pas

(2f) [Une pomme] est mangée (par moi)

  • Un COD peut ĂȘtre dĂ©tachĂ© dans un tour clivĂ© en « C’est X que
 Â» en tĂȘte de phrase, et faire donc l’objet d’une thĂ©matisation. La thĂ©matisation oblige Ă  utiliser le pronom relatif que, qui ne peut ĂȘtre que COD ou attribut (2g)

(2g) C’est une pomme que je mange.

  • Enfin, et parallĂšlement Ă  cette derniĂšre remarque, on peut interroger sur un COD au moyen du pronom interrogatif Que :

(2h) Que manges-tu ? (Je mange une pomme)

Comme on le voit, tous ces critĂšres ne relĂšvent que de la syntaxe, et non du sens. Nous le rappelons, mais le terme « objet Â», issu de la logique, est inapte Ă  dĂ©terminer tous les effets de sens que les COD expriment, et qui sont difficilement catĂ©gorisable : un COD peut effectivement dĂ©signĂ© l’objet d’une action (« Manger une pomme Â»), mais aussi un rĂ©sultat (« Je construis une maison Â»), un patient (« Je masse ma chĂ©rie Â»), une position spatiale (« On habite la mĂȘme rue Â»), etc.

Partant, ces diffĂ©rents critĂšres syntaxiques permettent vĂ©ritablement de consacrer tous ces complĂ©ments sous une seule et mĂȘme famille, aux comportements grammaticaux identiques. NĂ©anmoins, d’autres constituants, qui semblent relever de la mĂȘme famille, ne passent pas toujours ces tests uniformĂ©ment.

III. COD atypiques

Aux cĂŽtĂ©s de ces COD prototypiques, de loin les plus nombreux et les plus rĂ©guliers, un certain nombre de complĂ©ments s’y rattachent. Leur Ă©chec Ă  certains de ces tests tĂ©moigne cependant d’un Ă©loignement progressif de la transitivitĂ© verbale et leur rapprochement d’autres types de complĂ©ments. Il est difficile d’en faire un inventaire exhaustif : les linguistes ne sont pas toujours d’accord sur leur identitĂ©, ou la rĂ©solution des tests d’identification. Notamment, selon le niveau de langue, certaines transformations seront vues comme acceptĂ©es, ou non.

Si l’on essaie cependant de classer ces complĂ©ments de ceux « qui ressemblent plus Ă  des COD Â» (qui rĂ©ussissent le plus de tests) Ă  ceux qui « y ressemblent le moins Â», on peut identifier :

III.1. Compléments de mesure

Les complĂ©ments numĂ©riques de verbes comme mesurer, peser, etc. semblent formellement ĂȘtre des COD. Notamment, ils sont effectivement construits directement aprĂšs le verbe (3a) et les complĂ©ments non-numĂ©riques (3b) de ces mĂȘmes verbes rĂ©pondent bien aux tests prĂ©cĂ©dents :

(3a) Je pĂšse 80 kilos.
(3b) Je pĂšse mon lapin (Je le pĂšse, que pĂšses-tu, etc.)

Ces complĂ©ments numĂ©riques peuvent bien ĂȘtre thĂ©matisĂ©s (3c) et pronominalisĂ©s (3d), mais on note que la transformation est diffĂ©rente des « vrais Â» COD (3e, 3f) :

(3c) Les 80 kilos que je pÚse témoignent de ma bonne santé
(3d) ?Mes 80 kilos, je les pĂšse bien
(3e) ?C’est 80 kilos que je pùse
(3f) ?Je les pĂšse

On observera aussi que l’on interroge ces complĂ©ments avec combien (et non avec que), et qu’on ne peut transformer le verbe Ă  la diathĂšse passive (3g, 3h) :

(3g) Combien pĂšses-tu ?
(3h) *80 kilos sont pesés (par moi)

En revanche, on notera que certains de ces complĂ©ments se prĂȘtent Ă  des interprĂ©tations proches de la voix moyenne (3i) et, surtout, ils sont Ă©quivalents Ă  des pĂ©riphrases nominales exploitant la copule avoir (3j) :

(3i) Il a mesuré deux mÚtres de tissu.
(3j) J’ai un poids de 80 kilos

Ces deux derniĂšres remarques rapprochent ces complĂ©ments de la famille des attributs, qui ont les mĂȘmes propriĂ©tĂ©s. Il est dĂšs lors possible de les voir comme des sortes de constituants intermĂ©diaires entre ces deux familles grammaticales, qui se sont progressivement Ă©loignĂ©s dans le temps.

III.2. Séquences de tours impersonnels

Certains verbes peuvent se prĂȘter Ă  des transformations impersonnelles, afin de traduire diffĂ©rents effets Ă©vĂ©nementiels. Par exemple, le verbe arriver, Ă  cĂŽtĂ© d’une construction grammaticale traduisant un dĂ©placement spatial (J’arrive Ă  Paris) peut ĂȘtre employĂ© pour exprimer la survenue d’un Ă©vĂ©nement. Il prend alors comme sujet un il impersonnel, bĂ©quille grammaticale saturant la place du sujet. Un complĂ©ment introduit directement peut alors suivre le verbe (4a) :

(4a) Il est arrivé un grand malheur.

Ces complĂ©ments, parfois appelĂ©s « RĂ©gimes de tour impersonnel Â», sont formellement identiques Ă  des COD, on peut les interroge avec Que (4b) et les thĂ©matiser, avec que ou qui (4c) :

(4b) Qu‘est-il arrivĂ© ?
(4c) C’est un grand malheur qu(i) est arrivĂ©.

En revanche, on ne peut les pronominaliser en position prĂ©verbale (4d), ni les rendre sujet d’une voix passive (4e) :

(3d) *Il l’est arrivĂ©.
(3e) *Un grand malheur a été arrivé.

De fait : un tour personnel consiste à saturer la position sujet par un pronom il non-personne, reléguant le véritable sujet sémantique en position postverbale. Une permutation permet, dÚs lors, de retrouver une forme canonique (4f) :

(4f) Un grand malheur est arrivé

Ces transformations tĂ©moignent, entre autres, de la pertinence d’analyser les sujets comme des « actants du verbe Â» ; ainsi que la remise en question d’une dĂ©finition sĂ©mantique du COD comme « actant qui subit une action Â».

III.3. Noms prĂ©dicatifs et complĂ©ments d’objet interne

Enfin, certains arguments du verbe ne semblent ĂȘtre des COD qu’en surface, et ne rĂ©ussissent quasiment aucun test : ils sont simplement construits directement Ă  la droite du verbe (5a, 5b) :

(4a) Cela fera plaisir Ă  Jean.
(4b) Je vis une vie tranquille

En effet, la pronominalisation est impossible ou trĂšs discutable (4c, 4d), de mĂȘme que l’interrogation (4e, 4f), et la passivation est impossible (4g, 4h) :

(4c) *Cela le fera Ă  Jean
(4d) ? Je la vis.
(4e) ?Que fera cela Ă  Jean ?
(4f) ?Que vis-tu ?
(4g) *Plaisir sera fait par cela Ă  Jean
(4h) *Une vie tranquille est vécue [par moi]

Seule la thĂ©matisation est Ă©ventuellement permise, mĂȘme si, selon les registres, elle peut ĂȘtre sentie comme maladroite ou visant un effet stylistique particulier (4i) :

(4i) ?C’est une vie tranquille que je vis.

Ces complĂ©ments d’objet sont en rĂ©alitĂ© considĂ©rĂ©s comme des « noms prĂ©dicatifs Â», c’est-Ă -dire des noms qui expriment une prĂ©dication, soit l’action d’un verbe. Il y en a un certain nombre en français, comme le nom l’arrivĂ©e : l’arrivĂ©e de Jean est sĂ©mantiquement Ă©quivalent Ă  Jean est arrivĂ©e. Ces noms prĂ©dicatifs sont gĂ©nĂ©ralement des participes ou des infinitifs substantivĂ©s, voire d’anciens verbes disparus en français moderne (tel plaisir). Ils ont cependant une partie de leur syntaxe verbale initiale, et notamment la facultĂ© de rĂ©gir ce qui a Ă©tĂ©, pour eux, des complĂ©ments verbaux.

Syntaxiquement, ces noms prĂ©dicatifs agissent davantage Ă  la façon de « verbes dĂ©guisĂ©s en nom Â», avec lesquels ils permutent sans mal (5a et 5b) :

(5a) Cela fera plaisir Ă  Jean <=> Cela plaira Ă  Jean.
(5b) Je vis une vie tranquille <=> Je vis tranquillement

Notamment, les exemples similaires Ă  (5b) sont identifiĂ©s comme des « complĂ©ments d’objet internes Â». On isole comme le noyau sĂ©mantique du verbe sous la forme d’un nom, que l’on peut alors complĂ©ter d’un adjectif ou d’un autre type d’expansion nominale (6), ce qui serait impossible en gardant la forme verbale.

(6) Je chante une chanson douce/de mon enfance

Aussi, si les complĂ©ments de mesure (II.1) partageaient un lien avec les attributs, ces complĂ©ments nominaux prĂ©dicatifs ouvrent la porte Ă  la semi-auxiliation avec des verbes comme « pouvoir Â» ou « faire Â» dont l’analyse est souvent dĂ©licate, et qui feront l’objet d’un futur billet (7) :

(7) Il fera son entrée <=> Il entrera

IV. Conclusions et références bibliographiques

Avant de donner quelques Ă©lĂ©ments de bibliographie, Ă©voquons enfin un cas particulier : les emplois transitifs de verbes intransitifs. S’il est frĂ©quent d’employer sans complĂ©ments un verbe transitif (je mange), le contraire est parfois condamnĂ© par les puristes. Par exemple, un verbe comme aboyer, enregistrĂ© par les dictionnaires comme intransitif (et donc, sans complĂ©ment recevable), peut ĂȘtre employĂ© comme (8) :

(8) Le chef aboya un ordre

Ce complĂ©ment passe tous les tests d’identification d’un « vrai Â» COD, mais les grammaires et les dictionnaires hĂ©sitent, comme ils peuvent souvent le faire face Ă  un nouvel usage ou une nouvelle extension grammaticale. La question reste aussi de dĂ©terminer s’il s’agit d’une construction parallĂšle Ă  l’ancienne, ou bien d’un nouveau verbe homonyme. GĂ©nĂ©ralement, les puristes considĂšrent que les exemples comme (8) violent la « compatibilitĂ© sĂ©mantique Â» entre le verbe et le COD, qui veut que le contenu de sens du complĂ©ment soit cohĂ©rent avec le sens du verbe.

Cet argument, cependant, semble faible : d’une part et comme on le notait plus haut, les COD se dĂ©finissent surtout syntaxiquement, et non sĂ©mantiquement ; d’autre part, cet argument rĂ©cuse des emplois mĂ©taphoriques ou poĂ©tiques, bien documentĂ©s (« Je clos la discussion Â», « Je chante la libertĂ© Â») et non contestĂ©s gĂ©nĂ©ralement.

En rĂ©alitĂ©, nous aurions ici des reconfigurations de la transitivitĂ© du verbe. Dans l‘histoire des langues, le « drame du verbe Â» Ă©volue, soit en multipliant l’éventail de ses constructions, soit en les restreignant. L’évĂ©nement n’est pas rare dans l’histoire du français : des verbes intransitifs sont, avec le temps, devenus transitifs, de diffĂ©rentes façons, et rĂ©ciproquement : et ces Ă©volutions tĂ©moignent de la vivacitĂ© de la langue française, qui continue d’évoluer.

En guise de bibliographie, outre les grammaires gĂ©nĂ©rales et les rĂ©fĂ©rences dĂ©jĂ  donnĂ©es dans les billets prĂ©cĂ©dents, je vous recommande ce numĂ©ro spĂ©cial de la revue Linx (1991, dir. Annie Montaut), dĂ©diĂ© Ă  la transitivitĂ© en gĂ©nĂ©ral dans les langues. En bibliothĂšque, on peut encore trouver l’ouvrage de Blinkenberg (1960), Le problĂšme de transitivitĂ© en français moderne. C’est, Ă  ma connaissance, l’un des rares essais du genre sur la question. Il est vieilli, mais certaines de ses propositions sont encore pertinentes.

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https://questionsdelangue.wordpress.com/2024/04/14/les-complements-dobjet-direct/

#complément #constituant #grammaire #MathieuGoux #Syntaxe #valence #verbe

Matthieu - Shadoniste 🌙MatthieuDespeyroux@toot.portes-imaginaire.org
2024-03-04

Les trucs vraiment trÚs fatigants dans la langue française:
- l'accord des participes passés
- la concordance des temps

J'hésite à ajouter les mots composés.

J'oublie quelque chose?

#Syntaxe #Grammaire #Conjugaison #ToutCeQueJeDétesteDansLaLangueFrançaise

JĂ©rĂŽme Ű§ŰšÙˆ ŰčŰ§ŰŻÙ„ Singirankaboabouadil@mastodon.online
2024-02-16

2/2

a-ra-yi-n-dabira

A = il ; RA = marque du présent; YI= la; N = moi; DABIRA = regarder pour (dérivé "applicatif" du verbe"regarder", qui a ici le sens de "garder, surveiller")

#AmajamboYikirundi

#LeMotKirundiDuJour #bantu #langue #languesBantu #afrique #afriqueCentrale #linguistique #langue #CuriositeLinguistique #langues #grammaire #syntaxe #LangueAgglutinante

Des vaches en train de paĂźtre au Rwanda
Photo Stevenndori289 via Wiki commons
2024-01-31
Joshua McNeilljoshisanonymous@h4.io
2023-12-22

Dans la littĂ©rature sur le #françaislouisianais, ina un #changementlinguistique vers les #pronoms toniques quand mĂȘme s'ina pas d'accent tonique, mais j'ai dans mes donnĂ©es une occurrence d'un «je» accentuĂ©, de plus avec le verbe «ĂȘtre»: J'Étais.

#linguistique #syntaxe #intonation #français #Louisiane

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