Physique + Biologie - Le pouvoir ionisant des pointes se matérialise bien plus souvent que ce qu'on peut penser, pour les gens qui savent ce que c'est.
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Traduction de https://phys.org/news/2026-02-thunderstorms-conjure-ghostly-coronae-treetops.html#google_vignette
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24 février 2026
Des coronas fantomatiques apparaissent à la cime des arbres pendant les orages, une première observation en extérieur
Par Sean Cummings, Union américaine de géophysique
Édité par Sadie Harley, relu par Robert Egan
L'essentiel
Des coronas fantomatiques apparaissent à la cime des arbres pendant les orages
[Photo : Des coronas lumineuses apparaissent à l'extrémité d'aiguilles d'épicéa, ici induites en laboratoire par des plaques métalliques chargées. Ces faibles décharges électriques brûlent légèrement l'extrémité des feuilles et des aiguilles. De nouvelles observations indiquent qu'elles pourraient se produire à la cime des arbres partout pendant les orages. Crédit : William Brune]
Pour la première fois, des chercheurs ont observé et mesuré de faibles décharges électriques, appelées coronas, sur les arbres pendant les orages. Une nouvelle étude décrit l'apparition de scintillements presque invisibles sur les branches de plusieurs espèces d'arbres, observés le long de la côte Est des États-Unis durant l'été 2024. Ce phénomène suggère que les orages peuvent recouvrir la canopée d'une lueur bleue scintillante, trop faible pour être perçue à l'œil nu. En même temps qu'elles se produisent, ces "coronae" brûlent la toute extrémité des feuilles. Compte tenu de leur fréquence probable dans les forêts lors des orages, les chercheurs ont émis l'hypothèse qu'elles pourraient endommager la canopée, influençant probablement l'évolution de la forme des arbres pour limiter ces dégâts.
"Ces phénomènes se produisent réellement. Nous les avons observés. Nous savons désormais qu'ils existent" a déclaré Patrick McFarland, météorologue à l'Université d'État de Pennsylvanie et principal auteur de l'étude. "En avoir enfin une preuve concrète ... c'est ce que je trouve le plus passionnant."
L'étude est publiée dans la revue Geophysical Research Letters.
{Photo: Les orages font apparaître des halos lumineux fantomatiques à la cime des arbres, c'est observé pour la première fois en extérieur. Signaux UV de halos lumineux observés sous un orage le 27 juin 2024. Crédit : Geophysical Research Letters (2026). DOI : 10.1029/2025gl119591]
Détection de faibles scintillements dans le feuillage
Depuis près d'un siècle les scientifiques spéculent sur l'existence de faibles décharges électriques sur les plantes lors des orages mais ils ne les avaient jamais observées ni mesurées in situ jusqu'à présent, se contentant de déduire leur existence à partir d'anomalies du champ électrique des forêts pendant les orages.
Des expériences en laboratoire menées au cours des cinquante dernières années ont au moins démontré comment ces halos peuvent se former in situ : la charge électrique d'un orage induit une charge de signe opposé au sol. Cette charge du sol, attirée par celle du dessus, se déplace vers les points les plus haut qu'elle puisse atteindre – en l'occurrence, l'extrémité des feuilles de la cime des arbres – où l'électricité se décharge alors, produisant ces coronas. "En laboratoire, quand on éteint toutes les lumières, que l'on ferme la porte et que l'on bloque les fenêtres, on peut à peine apercevoir les coronas. Elles ressemblent à une lueur bleue" a déclaré McFarland, se souvenant comment son équipe a recréé le phénomène en intérieur en plaçant des feuilles d'arbre reliées à la terre sous des plaques métalliques électriquement chargées.
Des expériences similaires en laboratoire avec des arbres en pot ont également révélé une corrélation frappante : le rayonnement UV des coronas est proportionnel au courant électrique mesuré dans les arbres. Ça suggère que ces émissions UV peuvent permettre de mesurer ce courant et les dégâts qu'il peut induire.
Des études menées dans les années 1960 ont révélé que, dans les arbres, les courants électriques détruisent les membranes cellulaires et les chloroplastes nécessaires à la photosynthèse.
[Photo : La Toyota Sienna modifiée utilisée par l'équipe pour observer sur le terrain les coronas des arbres pendant les orages . Le périscope installé sur le toit dirige la lumière vers une caméra sensible aux ultraviolets afin de détecter les coronas en extérieur, où la lumière ambiante les rend invisibles à l'œil nu. Crédit : Patrick McFarland ]
Un homme, un plan et un monospace de chasse aux orages
Documenter les coronas au cours de véritables orages implique une approche différente : un Toyota Sienna 2013 équipé d'une station météorologique, d'un détecteur de champs électriques, d'un télémètre laser et d'un périscope installé sur le toit pour diriger la lumière vers une caméra à ultraviolets. Ce dernier équipement permet à l'équipe de détecter les coronas sur le terrain par leurs irradiations d'UV car même la faible luminosité ambiante sous un ciel d'orage masque la lumière émise par les coronas dans le spectre visible.
"On a dû retirer un siège et installer des coussins anti-vibrations pour que nos instruments ne tréssautent pendant les trajets" a expliqué McFarland. "Le plus amusant, a été de prendre une scie sauteuse et de découper un trou de trente centimètres dans le toit. Ça a complètement massacré sa valeur à la revente mais ce n'est pas grave."
Le monospace prêt, c'était le moment de partir à la chasse aux orages.
Accroupie dans la voiture autour d'un écran vidéo, l'équipe a pointé la caméra sur trois branches d'un liquidambar à Pembroke, en Caroline du Nord.
"On s'assied là les yeux rivés sur cette vidéo pendant que l'orage se déchaine au-dessus de nos têtes. On recherche le moindre signal sur un flux vidéo où il ne se passe rien ... C'est vraiment difficile de savoir en temps réel si on a capturé quelque chose" a déclaré McFarland.
[Vidéo prise ainsi par la voiture - Crédit : Geophysical Research Letters (2026). DOI : 10.1029/2025gl119591]
L'analyse ultérieure de la vidéo a révélé qu'en l'espace de 90 minutes il y a eu 41 coronas à l'extrémité des feuilles. Les premiers signes étaient généralement des groupes de signaux UV qui suivaient le mouvement des branches se balançant au gré du vent. Ces lueurs duraient jusqu'à 3 secondes et se déplaçaient souvent d'une feuille à l'autre. Des coronae sont apparues et se sont comportées de la même manière sur un pin à encens à proximité et sur des arbres pendant quatre autres orages que l'équipe a suivis cet été-là entre la Floride et la Pennsylvanie, ce en dépit des espèces d'arbres différentes et des intensités différentes des orages.
"Ça peut signifier que les coronae se produisent abondamment, irradiant depuis des dizaines à des centaines de feuilles sur chaque cime d'arbre lors d'orage", a estimé McFarland. Avec une vision supra-humaine "je pense qu'on voit cette bande lumineuse au sommet de chaque arbre sous l'orage. Ce doit probablement être un spectacle de lumière fascinant, comme des milliers de lucioles clignotantes aux UV et descendant sur la cime des arbres." Si tel est le cas, cette omniprésence pourrait avoir des conséquences bien plus importantes : les coronas brûlent visiblement l'extrémité des feuilles en quelques secondes. Certains travaux de l'équipe, en laboratoire, suggèrent que ça endommage la cuticule, la couche cireuse qui protège la feuille des rayons UV et de la déshydratation.
Bien qu'une coronae isolée ne semble pas causer beaucoup de dégâts, l'équipe suppose que des coronae répétées sur la canopée, dues à de multiples orages, peuvent endommager les feuilles – suffisamment, peut-être, pour que les arbres aient développé au fil des millénaires des mécanismes limitant ces dégâts. McFarland espère collaborer avec des écologues forestiers et des botanistes pour approfondir la question. "C’est précisément ce que je souhaite étudier ensuite : déterminer l’impact de ce phénomène sur l’arbre lui-même et sur la forêt dans son ensemble" a-t-il déclaré.
Détails de la publication : P. J. McFarland et al., Corona Discharges Glow on Trees Under Thunderstorms, Geophysical Research Letters (2026). DOI : 10.1029/2025gl119591
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